Accueil / Politique / ULCC : Goethie Varnelle Morency face au défi de la confiance

ULCC : Goethie Varnelle Morency face au défi de la confiance

Première femme à prendre la direction générale de l’Unité de Lutte contre la Corruption (ULCC), Goethie Varnelle Morency hérite d’une institution stratégique dans la gouvernance publique haïtienne. Entre attentes citoyennes, interrogations sur l’efficacité des enquêtes et nécessité de renforcer la crédibilité de la lutte contre la corruption, son mandat s’annonce particulièrement scruté.

La nomination de Goethie Varnelle Morency à la tête de l’Unité de Lutte Contre la Corruption (ULCC) ouvre un nouveau chapitre pour l’une des principales institutions chargées de prévenir, détecter et combattre la corruption dans la gestion des ressources publiques. Son arrivée intervient dans un contexte marqué par de fortes attentes. Alors que les citoyens réclament davantage de transparence dans la gestion des fonds publics, les partenaires nationaux et internationaux continuent de considérer la bonne gouvernance comme un élément essentiel du renforcement institutionnel d’Haïti.

Avant sa nomination, Goethie Varnelle Morency dirigeait depuis février 2022 l’Inspection Générale des Finances (IGF), l’institution chargée de l’audit et du contrôle des administrations publiques. Entrée à l’IGF en 2008 comme auditrice interne, elle a évolué jusqu’au grade d’inspection générale de classe exceptionnelle, construisant une carrière principalement consacrée au contrôle des finances publiques.

Lors de son installation, la nouvelle directrice générale a placé son mandat sous le signe des résultats :

« Je ne promets pas de miracles. Je souhaite que chacun puisse juger de notre action à travers nos résultats, de notre professionnalisme et de notre attachement aux principes de justice et d’équité. »

Une déclaration qui résume l’ampleur de la mission qui l’attend : convaincre par l’action et restaurer la confiance autour de l’institution.

Une institution sous pression

images-1 ULCC : Goethie Varnelle Morency face au défi de la confiance

Depuis plusieurs années, l’ULCC s’est imposée comme l’un des principaux organes de contrôle de l’État. Ses enquêtes ont concerné des responsables politiques, des hauts fonctionnaires, des directeurs généraux et des gestionnaires d’organismes publics soupçonnés de corruption, de mauvaise gestion ou d’irrégularités dans l’utilisation des ressources publiques.

Selon les données communiquées par l’ULCC et reprises notamment dans le rapport d’évaluation du Mécanisme de suivi de la Convention interaméricaine contre la corruption (MESICIC) de l’Organisation des États américains (OEA), 69 rapports d’enquête avaient été transmis aux autorités judiciaires au 8 décembre 2025. L’institution indiquait également avoir enregistré une augmentation de 535 % des déclarations de patrimoine en trois ans et avoir transmis 120 dossiers à la justice pour défaut de déclaration de patrimoine.

Ces chiffres, issus des données communiquées par l’ULCC, illustrent l’activité de l’institution, sans pour autant pour clore le débat sur son efficacité. L’ULCC affirme avoir multiplié les enquêtes et les contrôles ces dernières années, mais plusieurs dossiers subsistent sans issue judiciaire définitive. Des voix continues également d’appeler à un renforcement de son indépendance, de ses mécanismes de prévention et de son impact concret.

Transformer les enquêtes en résultats

Le premier défi de la nouvelle directrice serait de démontrer que les enquêtes de l’ULCC continueront d’être menées avec rigueur et détermination, tout en produisant davantage de résultats devant les tribunaux.

Malgré le nombre important de dossiers transmis à la justice ces dernières années, plusieurs affaires n’ont toujours pas connu d’issue judiciaire définitive. Cette situation alimente régulièrement les interrogations d’une partie de l’opinion publique sur l’efficacité réelle de la lutte contre la corruption.

Il convient toutefois de rappeler que l’ULCC n’a pas pour mission de juger les personnes mises en cause. Son rôle consiste à enquêter, à recueillir les éléments de preuve et à transmettre ses conclusions aux autorités judiciaires compétentes. La suite des procédures dépend ensuite du fonctionnement du système judiciaire.

Le défi de Goethie Varnelle Morency sera donc double : préserver la dynamique des enquêtes tout en renforçant leur capacité à produire des résultats visibles pour la population.

Un climat de scepticisme autour de la transition

La nomination de Goethie Varnelle Morency à la tête de l’Unité de lutte contre la corruption (ULCC) intervient dans un contexte où l’institution fait l’objet d’une attention particulière de la part de l’opinion publique. Si cette arrivée suscite des attentes autour de la poursuite des efforts engagés contre la corruption, elle provoque également des interrogations sur la continuité de l’action de l’institution après le départ de Hans Jacques Ludwig Joseph.

Dans les jours ayant suivi cette transition, plusieurs éditorialistes, observateurs et acteurs de la société civile ont exprimé des préoccupations quant à l’orientation future de l’ULCC. Certaines ont notamment des réactions en avant de la crainte d’un affaiblissement de la lutte contre la corruption.

Dans une publication consacrée au changement de direction, Radio Métronome a notamment écrit : « Hans n’est plus à l’ULCC, les dilapidateurs sont de retour. » Cette déclaration traduite une inquiétude exprimée par une partie de l’opinion publique, mais elle ne constitue pas, en elle-même, un élément permettant d’établir un lien entre le départ de l’ancien directeur et une éventuelle modification de la politique de l’institution.

Ces réactions interviennent également dans un contexte marqué par plusieurs événements suivis par l’opinion, notamment le retour en Haïti de l’ancien président Michel Joseph Martelly, convoqué dans le cadre de l’enquête sur l’assassinat de Jovenel Moïse, ainsi que celui de l’ancien Premier ministre Jean-Henry Céant.

Ces dossiers relèvent de procédures distinctes et ne peuvent être attribués à la nouvelle direction de l’ULCC. Cependant, leur proximité dans le temps avec le changement de leadership au sein de l’institution a contribué à alimenter les débats sur l’efficacité et la crédibilité de la lutte contre la corruption.

Au-delà des critiques et des inquiétudes exprimées, l’un des principaux enjeux pour Goethie Varnelle Morency sera de démontrer si l’ULCC conserva ce qui était jugé utile, tout en apportant sa propre vision à la direction de l’institution.

Des attentes autour de l’indépendance de l’institution

1784560002850.jpg ULCC : Goethie Varnelle Morency face au défi de la confiance

Ces interrogatoires se retrouvent également dans certaines prises de position publiques.

Dans une lettre ouverte envoyée à la nouvelle directrice de l’ULCC, le docteur James Joseph appelle Goethie Varnelle Morency à préserver l’indépendance de l’institution et à démontrer que sa nomination ne représente pas un recul dans la lutte contre la corruption.

« Je vous exhorte à prouver le contraire et à décevoir toutes ces voix qui souhaitent voir la culture de l’impunité perdurer en Haïti », écrit-il.

Dans cette même lettre, il invite la nouvelle responsable à rester à l’écart des influences susceptibles de fragiliser la mission de l’institution.

« Ne laissez pas les influences corrompues vous entraîner dans une spirale de compromission. « Montrez au monde que vous êtes une femme d’intégrité, honnête et déterminée à faire triompher la justice », ajoute-t-il.

Ces déclarations relèvent d’une position personnelle et ne constituant pas une évaluation institutionnelle. Elles traduisent toutefois une préoccupation plus large exprimée par plusieurs acteurs de la société civile : celle de voir l’ULCC préserver son indépendance et sa capacité d’action face aux pressions politiques et institutionnelles.

Les critiques qui restent posées

Au-delà des résultats enregistrés, l’ULCC a également fait l’objet de critiques au fil des années. Certains observateurs estiment que le choix des dossiers traités peut parfois donner l’impression d’une lutte contre la corruption à géométrie variable, avec des enquêtes concentrées sur certains acteurs plutôt que sur l’ensemble des secteurs concernés.

D’autres soulignent la durée de certaines procédures, soulignant que la lenteur dans le traitement des dossiers peut réduire l’impact des enquêtes et alimenter un sentiment d’impunité au sein de la population.

La communication de l’institution a également été interrogée. Pour certains analystes, une meilleure explication des critères de sélection des dossiers, des limites de l’action de l’ULCC et du suivi des enquêtes contribuerait à renforcer la confiance du public.

Enfin, plusieurs spécialistes de la gouvernance rappellent que la lutte contre la corruption ne peut pas reposer uniquement sur les enquêtes et les sanctions. La prévention, la formation des administrations publiques et la mise en place de mécanismes permanents de contrôle demeurent également des défis majeurs.

Ces critiques ne disparaissent pas avec la nomination de Goethie Varnelle Morency. Elles constituent au contraire certains des principaux chantiers auxquels sa direction devra répondre.

Renforcer la prévention

La lutte contre la corruption ne se limite pas aux enquêtes judiciaires. Le développement de mécanismes de prévention, le renforcement des contrôles internes dans les administrations publiques, le suivi des déclarations de patrimoine et la promotion d’une culture d’intégrité représentent autant de défis pour la nouvelle direction.

L’ULCC aurait enregistré des avancées dans le domaine du contrôle administratif, notamment avec l’augmentation annoncée du nombre de déclarations de patrimoine sauvegardé et la transmission de dossiers liés aux défauts de déclaration.

Mais pour plusieurs spécialistes, l’enjeu sera désormais de transformer ces mécanismes administratifs en véritables outils de prévention capables de réduire les risques de corruption avant qu’ils ne deviennent des scandales publics.

Renforcer la coopération avec la justice

L’un des défis majeurs demeure la relation entre l’ULCC et le système judiciaire.

L’institution peut mener des enquêtes, établir des rapports et transmettre ses conclusions, mais elle ne dispose pas du pouvoir de prolonger ou de condamner les personnes mises en cause.

L’efficacité globale de la lutte contre la corruption dépend donc également de la capacité des autorités judiciaires à traiter ces dossiers avec célérité et indépendance.

Une meilleure coordination entre les organes d’enquête, les parquets et les tribunaux pourrait contribuer à accélérer le traitement des affaires et à améliorer le suivi des recommandations formulées dans les rapports de l’ULCC.

Comme le rappelle régulièrement Transparency International, la lutte contre la corruption repose sur des institutions fortes, indépendantes et responsables. Une réalité particulièrement importante pour Haïti, où la crédibilité d’une institution dépend aussi de la solidité de l’ensemble de la chaîne judiciaire et administrative.

Un mandat sous haute surveillance

À peine installée, Goethie Varnelle Morency exerce déjà ses fonctions sous le regard attentif de l’opinion publique. Son mandat sera évalué non seulement sur le nombre d’enquêtes ouvertes, mais également sur sa capacité à renforcer la confiance autour de l’institution.

Pour certains observateurs, le principal défi sera de démontrer que l’ULCC continuera à agir avec rigueur et impartialité. Pour d’autres, l’enjeu sera surtout de voir davantage de résultats concrets après les enquêtes menées. Au-delà de la personnalité de sa nouvelle directrice, c’est donc la crédibilité même de l’ULCC qui sera mise à l’épreuve.

Maintenir l’indépendance de l’institution, renforcer la prévention, améliorer la coopération avec la justice, assurer une communication plus transparente et garantir la continuité des enquêtes seront les principaux critères permettant d’évaluer son action. Comme Goethie Varnelle Morency l’a elle-même- déclaré lors de son installation, ce sont avant tout les résultats qui permettront de juger son mandat.

RÉDACTION : Sarousvens MAURICETTE

RÉVISION & CORRECTION : Alfred D. FRANCOIS Jr.

DROITS D’AUTEUR : © MONNELYS – 2026

Share this content:

Répondre

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *